Une soirée avec William Forsythe

Compañia Nacional de Danza de España / Jose Carlos Martínez

Evènement. La Compañía Nacional de Danza de España éblouis- sait déjà la saison dernière le public de La Coursive avec sa Car-men, dont les vingt danseurs d’exception rivalisaient de sensualité. Cette fois, cinquante d’entre eux se déploieront sur la scène du Grand Théâtre, pour rendre un impressionnant hommage à l’une des figures mondiales de la danse contemporaine, le cho- régraphe américain William Forsythe. Excitante promesse.

Depuis l’arrivée à sa tête en 2011 de Jose Carlos Martinez, ancienne étoile du Ballet de l’Opéra de Paris, la Compañía Nacio-nal de Danza de España s’est radicalement transformée. L’envie d’explorer et le besoin de se dépasser sont les motivations prin-cipales du nouveau directeur, qui confronte désormais sa compagnie à toutes les expressions de la création internationale et espagnole. Il a su la transformer aujourd’hui en une grande compagnie du XXIe siècle, foisonnante de créativité.
Dans cet esprit, ce ne sont pas moins de trois pièces majeures du maître new-yorkais, que le ballet madrilène dansera à La Rochelle. Tout d’abord, The Vertiginous thrill of exactitude, chorégraphie écrite sur le mouvement final de la Symphonie n°9 de Schubert, convoque tout l’arsenal technique de la danse classique (tutus, pointes, virtuosité et lyrisme) pour une évocation affectueuse de Petipa et Balanchine.
Place ensuite à l’impressionnant Artifact suite, œuvre majeure de Forsythe, où trente-sept danseurs déconstruisent et reconstruisent méthodiquement les règles du ballet. La danse y est saccadée, physique, nerveuse, jouant sur la masse du nombre. D’un bout à l’autre de la pièce, elle oscille entre abstraction et narration, virtuosité et parodie, Versailles et Métropolis.
Pour terminer en beauté, Enemy in the figure s’articule en une chorégraphie éminemment contemporaine, où les danseurs sculptent eux-mêmes l’espace et la lumière, en manipulant un projecteur roulant, sur une musique aux résonances toutes métalliques signée Thom Willems. Une œuvre envoûtante, comme un poème hypnotique.