Trio Joubran

The Long March

Voilà plus de quinze ans que le Trio Joubran parcourt le monde, ouds à la main. De l’Olympia au Carnegie Hall, les célèbres frères palestiniens réinventent sans cesse leur instrument ancestral, symbole de la subtilité et de la poésie de la culture musicale arabe.

Issus d’une longue lignée de luthiers, Samir, Wissam et Adnan sont né à Nazareth. Leur talent artistique, leur carrière internationale, leur engagement politique ont fait d’eux de véritables ambassadeurs du peuple palestinien. En mai dernier, ils jouaient même aux Nations-Unies pour la commémoration du soixante-dixième anniversaire de la Nakba, l’exode de la population arabo-palestinienne pendant la guerre de 1948. Intense moment d’émotion.
Mais laissons là la politique, bien qu’indissociable de l’œuvre des Joubran, contraints souvent « d’être Palestiniens avant d’être artistes », et concentrons-nous sur leur musique. Avec cinq albums à leur actif, le trio brille par sa virtuosité et son originalité. Accompagné depuis dix ans par leur compatriote percussionniste Youssef Hbeisch, la puissance expressive des compositions du Trio Joubran bouleverse, laissant place sur scène à un exceptionnel talent d’improvisation. Ces quatre-là se connaissent sur le bout des doigts.
Leur dernière collaboration en date, Supremacy, croise le créateur des Pink Floyd, Roger Waters, et les mots combattants du poète Mahmoud Darwich, figure de proue de la poésie palestinienne, leur ami de toujours, décédé en 2008. Ce morceau militant, fort, tiré de l’album The Long March (enregistré en France, sortie prévue en octobre 2018) fusionne oud et musiques actuelles, projetant la tradition millénaire du luth arabe dans le futur. Blues, jazz, flamenco, plages psychédéliques… leur style fait écho aux sonorités du monde. Samir, Wissam et Adnan sont libres. Totalement, irrémédiablement et magnifiquement libres.

Il y a beaucoup à apprendre et à vivre dans la proposition de ce trio virtuose du sentiment musical. Le Monde