Thyeste

d’après Sénèque / Thomas Jolly La Piccola Familia

Le jeune et talentueux Thomas Jolly crée Thyeste de Sénèque cet été, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, au Festi-val d’Avignon 2018. Il confirme ainsi son attrait pour les grands textes (après Shakespeare), les figures monstrueuses et les grands formats.

Révélé en 2014 à Avignon par son gargantuesque Henry VI, mara-thon shakespearien éblouissant de dix-huit heures, Thomas Jolly pense le théâtre à la fois comme un art citoyen et un choc spectaculaire. Comédien et metteur en scène, il déborde d’imagination et semble posséder une capacité de travail hors normes. Depuis huit ans, chacune de ses productions marque les esprits, au théâtre comme à l’opéra. Adapter Sénèque par sa tragédie la plus extrême, la plus noire, la plus surnaturelle aussi, paraît être un défi à sa mesure. D’autant qu’elle se double d’une ample réflexion sur le pouvoir et d’une présence continue de la musique, à travers les chœurs.
Thyeste, quelle histoire… celle d’un crime si terrible qu’il a fait dévier le soleil de son orbite ! Alors qu’Atrée règne en paix sur Mycènes, son jumeau, Thyeste, séduit sa femme et s’empare du bélier d’or. Devant ce double affront, Atrée déchaîne sa vengeance en servant à son frère la chair de ses enfants en banquet. Atrée devient, au propre comme au figuré, un monstre. Comment représenter ces sujets (l’adultère, le vol, l’infanticide et le cannibalisme) ? Quels moyens inventer pour exprimer tant de rage et de douleur ? Tant de magie et de fantastique aussi ? Le théâtre de Sénèque ne peut s’imaginer que spectaculaire, total, extraordinaire. Gageons que Thomas Jolly et sa compagnie, La Piccola Familia, sauront inventer cette furie polyphonique.

Thomas Jolly aime les monstres. Et il n’a jamais été meilleur que dans cette incarnation d’Atrée. Télérama