The Beggar’s Opera

John Gay et Johann Christoph Pepusch / William Christie / Robert Carsen

Situé dans les bas-fonds de Londres, entre caïds, voleurs et prostituées, ce Beggar’s Opera renouvelle le genre de l’opéra anglais du XVIIIe siècle. Cette pièce de théâtre, entremêlée d’une soixantaine de « tubes » de l’époque, est en effet considérée comme la toute première comédie musicale. Réarrangé grâce au talent musical de l’américain William Christie, actualisé avec piquant par le metteur en scène canadien Robert Carsen, star des maisons d’opéra, ce joyau satirique se présente à nous plus réjouissant que jamais.

Écrit en 1728, L’Opéra des gueux est une satire féroce du monde politique et du précapitalisme, un conte où les filles de joie et les proxénètes ont remplacé princesses et chevaliers. Brecht et Kurt Weill ne s’y étaient pas trompés, qui s’étaient directe-ment inspirés de John Gay et Pepusch pour créer leur Opéra de quat’sous : la canaille a un charme fou. Pas seulement parce que la beauté féminine s’y fait très aguicheuse. Mais aussi parce que dans cette manière de comédie musicale la parole se libère, et que les vols de téléphones mobiles, la corruption ou les eaux troubles du Brexit, peuvent être évoqués joyeusement. Au pied d’un impressionnant mur de carton, qui révélera une scénographie astucieuse se transformant à l’envi en bar ou en échafaud, seize interprètes au charmant accent british s’avèrent aussi bons chanteurs que comédiens, danseurs qu’acrobates. Ils sont accompagnés par dix excellents musiciens des Arts florissants. Joué avec brio, le spectacle est total.

Une truculente histoire de bas-fonds londoniens, entre théâtre et opéra, scènes parlées et chansons qui swinguent. À découvrir absolument ! Télérama