SONOMA

Marcos Morau / La Veronal

De Pablo Picasso à Luis Buñuel, le brillant chorégraphe espagnol Marcos Morau embrasse l’histoire de l’art dans un ballet tellurique pour neuf danseuses, habitées d’une folle énergie. Succession de métamorphoses et de tableaux vivants d’une grande puissance visuelle, Sonoma touche à l’intemporel en télescopant avec flamboyance folklore et modernité, mélopées traditionnelles et rythmes hypnotiques, mystique et révolution surréaliste.

Parmi les sources d’inspiration habituelles de ce créateur espagnol reconnu de toute la scène européenne, figurent l’Espagne franquiste, les traditions paysannes, le fanatisme religieux et le mouvement artistique surréaliste. Il s’inscrit régulièrement dans une approche narrative de la danse, qui va de Noces de Nijinska à La Maison de Bernarda de Mats Ek. C’est fort de toutes ces influences que Marcos Morau met en scène Sonoma.
Le prologue du spectacle est un condensé de son univers esthétique. Les danseuses y évoluent comme des poupées russes, glissant et tournoyant sur le sol. Puis des silhouettes anonymes vêtues de jupes longues, fichus et visages masqués, font leur apparition. Elles semblent appartenir à une communauté de femmes pieuses, dont deux d’entre elles ont les visages surdimensionnés de vieilles femmes.
Danse en tension entre tradition et écriture contemporaine, théâtralité des images, musiques polyphoniques hypnotiques, dimension fantastique de la scénographie, des masques et des marionnettes utilisées à plusieurs reprises, constituent la grammaire esthétique riche et profonde de Marcos Morau.
En résulte une transe à la beauté léchée, placée sous le signe de la résistance féminine, avec neuf interprètes sidérantes d’intensité. L’interprétation magistrale, la préciosité des costumes, le flot des mots scandés, les scènes picturales chargées de colère et de religiosité contenue nous aspirent dans une spirale envoûtante aux frontières du réel.

Avec cette œuvre impressionnante, visuellement et musicalement remarquable, Marcos Morau tisse une étoffe somptueuse, nouant serrées quelques-unes des mythologies espagnoles qui innervent son travail depuis la création de sa compagnie, La Veronal.
Le Monde Rosita Boissau
 
Une fable choc d’une grande efficacité visuelle qui subjugue par sa maîtrise dramaturgique et scénique.
Resmusica Delphine Goater