SO SCHNELL

Dominique Bagouet / Catherine Legrand

Trente ans après sa création, Catherine Legrand resuscite le chef d’œuvre ultime du mythique chorégraphe montpelliérain Dominique Bagouet disparu en 1992. Il conserve intactes sa modernité et sa radicalité. So Schnell offre toujours une magnifique débauche de virtuosité, d’énergie et d’humour. L’œuvre, très construite, laisse encore exploser la spontanéité des danseurs et des danseuses. Pour cette recréation, Catherine Legrand a pris le parti d’un nouveau dispositif, plus sobre, qui laisse éclater toute la pureté de la chorégraphie. L’oeil n’est attiré par rien d’autre que le geste. Et quel festin !

L’art de Dominique Bagouet était pétri d’héritage classique, aux lignes claires et rigoureuses, ciselées jusque dans l’infini détail des gestes, mais tour à tour inquiet, fantasque, attendri, toujours pleinement humain. En 1990, le chorégraphe avait créé cette pièce devenue rapidement l’un de ses chefs d’œuvre, l’appelant au rang des artistes majeurs de cette fin de millénaire.
So Schnell recèle de multiples joyaux d’écriture. La danse y est enjouée, têtue, inventive, juvénile, fluide, belle, tenace. Sur la cantate de Jean-Sébastien Bach, elle s’enivre d’élévation spirituelle, dans d’étourdissants grands déploiements, des lignes enlevées, des sursauts fulgurants, d’une grande exigence formelle. C’est une danse de grandes phrases, mais brodées de points de suspension, d’interrogation et d’exclamation.
Catherine Legrand fut une grande interprète et collaboratrice de Dominique Bagouet de son vivant. Depuis sa disparition, elle n’a cessé de questionner son œuvre. Avec So Schnell 1990-2020, elle crée les conditions d’une revisitation palpitante, qui dit selon les mots de Dominique Bagouet lui-même « la joie presque subversive de danser sans donner prise, le moins du monde, au fatal ».

Dominique Bagouet a bousculé les codes de la danse, sans rompre avec les fondamentaux. Trente ans après sa mort, son dernier spectacle, recréé, touche toujours aussi juste. L’élégance, les rires et les larmes y sont toujours de mise.
Télérama Emmanuelle Bouchez
 
Le ballet de Dominique Bagouet aura donc traversé le temps, perdant de ses couleurs (et ses costumes de l’époque), s’habillant de noir et donnant à voir une danse libre comme jamais. Servi par de nouveaux artistes, So Schnell nous emporte très loin.
Les Echos Philippe Noisette