Pierre Loup

Serge Prokofiev / Dominique Brun / Les Siècles

La saison dernière, Dominique Brun signait une relecture pas-sionnante du Sacre du printemps, d’après la version originelle de Nijinski. C’est cette fois avec un spectacle qui entre en écho avec nos peurs d’enfance, inspiré de l’éternel Pierre et le loup de Prokofiev, qu’elle retrouve le public rochelais.

Le conte musical de Prokofiev permet de découvrir l’orchestre, de comprendre que l’on entend, dans sa masse sonore, une multitude d’instruments distincts, de différencier chacun par le son qu’il produit et de reconnaître ce que les musiciens nomment le timbre. Ainsi, l’oiseau devient une flûte, légère et aérienne, le canard, pataud, est incarné par un hautbois, alors que le loup, féroce, l’est par le cor, sévère et sombre…
L’enthousiasmante ambition de Dominique Brun est d’adjoindre à cette pédagogie du merveilleux musical un vocabulaire du geste, un motif dansé. Quelle belle idée ! Frapper, flotter, fouetter, glisser, presser, tordre… deviennent ainsi les caractéristiques vivantes des personnages du conte, se mélangeant tout au long du récit. Le corps s’incarne dans l’instrument, redoublant la puissance expressive et poétique de chacun des personnages de la fable de Prokofiev. Hip-hop, contemporain, classique… la poésie du geste des cinq danseuses et danseurs embarqués dans l’aventure fera feu de tout bois. Et chose extrêmement rare pour un spectacle de danse, la musique sera jouée sur scène par une vingtaine d’instrumentistes issus du prestigieux ensemble Les Siècles, que nous retrouverons cette saison à deux autres reprises, dans le cadre d’un fil rouge qui leur est dédié. Avec Pierre Loup, Dominique Brun pour-suit son propre chemin de traverse, érudit et sensible.