Orchestre des Champs-Élysées

Ravel / Louis Langrée / Bertrand Chamayou

Tel un restaurateur d’oeuvres d’art restituant les couleurs d’origine du chef-d’oeuvre d’un grand peintre par de savants nettoyages, voilà presque trente ans que l’Orchestre des Champs-Élysées aborde chaque partition avec un regard neuf, réinterrogeant sa beauté première avec inspiration. Familier de La Coursive, l’ensemble dirigé ici par Louis Langrée nous invite à une intégrale Ravel, réhaussée de la présence d’un soliste de choix : le pianiste Bertrand Chamayou.

À la tête de l’Orchestre symphonique de Cincinnati ou à la direction musicale du festival new-yorkais Mostly Mozart depuis 2002, Louis Langrée dirige avec un égal bonheur concerts et opéras. C’est dire le plaisir que de retrouver le maître à La Rochelle, à la tête de l’ensemble fondé par Philippe Herreweghe, pour une de ses nombreuses incursions sur le Vieux Continent.
Les quatre-vingts musiciens de l’Orchestre des Champs-Élysées retrouvent le chef Louis Langrée pour partager avec lui cet hommage au plus « impressionniste » de nos compositeurs français. Au programme : Ravel. Son Boléro évidemment, qui viendra clore le concert, mais aussi sa Valse, somptueuse évocation de la grandeur et de la décadence de la civilisation occidentale, une « espèce d’apothéose de la valse viennoise à laquelle se mêle dans mon esprit l’impression d’un tourbillon fantastique et fatal » comme l’expliquait son auteur. C’est à coup sûr dans la première partie de cet ambitieux programme que la virtuosité de Bertrand Chamayou pourra se déployer pleinement, sur une oeuvre originale, très peu jouée et considérablement ardue, commandée à Ravel en 1929 par le pianiste Paul Wittgenstein. Le malheureux avait perdu son bras droit durant la Première Guerre mondiale sur le front russe, et la partition fut donc écrite pour la seule main gauche de l’exécutant.
En miroir, l’OCE et Bertrand Chamayou interpréteront l’avant-dernière oeuvre de Ravel, le Concerto pour piano en sol, empruntant ses variations au jazz et comptant aujourd’hui parmi les oeuvres les plus étudiées du compositeur.