Les Sorcières de Salem

Arthur Miller / Emmanuel Demarcy-Mota / Théâtre de la Ville de Paris

Emmanuel Demarcy-Mota s’empare de l’œuvre mythique d’Arthur Miller, perverse histoire de sexe, d’argent, de religion et de pouvoir, qu’il sublime en une pièce d’urgence contre l’intolérance et l’aveuglement collectif. Ses quatorze comédiens au jeu profond nous entraînent dans un noir cauchemar, où les personnages irradient la haine et la peur. Remarquable.

1662. Salem, Nouvelle-Angleterre. On dit que des jeunes filles se retrouvent la nuit pour se livrer au Diable. La ville, très puritaine, croit immédiatement à un acte de sorcellerie. Un grand procès a lieu, rassemblant toutes les intolérances. Hystérie ? Interventions surnaturelles ? Cabales ? Vengeance ? La communauté se déchire et les condamnations pleuvent. Des « sorcières » sont pendues. Un couple, seul, semble s’opposer à l’intoxication générale.
Pièce de résistance écrite par Arthur Miller pour dénoncer le maccarthysme, traque aveugle des communistes aux États-Unis au début des années cinquante, cette œuvre désormais classique nous rappelle tout ce qui, partout, relève aujourd’hui encore d’une chasse aux sorcières : fanatisme, ordre moral, manipulation des réseaux sociaux…
Après Rhinocéros de Ionesco et L’État de siège d’Albert Camus, Emmanuel Demarcy-Mota déploie, une nouvelle fois, toute sa science du plateau pour livrer une vision puissante des Sorcières de Salem et de l’obscurantisme qu’elles dénoncent. Servie par une distribution éblouissante (Élodie Bouchez, Serge Maggiani, Sarah Karbasnikoff et Philippe Demarle, entre autres), la pièce résonne telle un cauchemar aux accents de thriller. Brillant.

L’indiscutable réussite de ce spectacle tient autant  à la qualité de l’interprétation qu’à la parfaite pertinence technique de son écrin scénographique. Impossible de sortir indemne d’une leçon aussi bien dispensée. La Terrasse