Les Siècles

Symphonie fantastique

Berlioz / François-Xavier Roth

Dirigés par leur charismatique chef François-Xavier Roth, Les Siècles commémorent le cent-cinquantième anniversaire de la disparition d’Hector Berlioz avec un programme haut en couleurs, interprété sur des instruments français de 1830. Un concert romantique en diable, porté par les quatre-vingt musiciens de l’ensemble.

La Symphonie fantastique, exactement contemporaine de la « bataille d’Hernani », ouvre le champ au romantisme musical. Grandement influencée par Beethoven, cette première symphonie témoigne d’une réussite et d’une originalité jusqu’alors inégalées. Le terme « musique à programme » (qui raconte un argument) en découlera. Mi-autobiographique, mi-fantasmée, l’œuvre transpose l’amour d’un jeune musicien en délire, dont l’obsession pour sa bien-aimée apparaît sous la forme d’un thème cyclique, une mélodie insistante et flottante présente dans les cinq mouvements et surnommée « l’idée fixe ». Schumann sera admiratif de cette symphonie, comme de l’opéra-comique Les Francs-Juges. Son ouverture est l’un des premiers et durables succès de Berlioz. Il en était lui-même suffisamment satisfait pour la faire figurer jusque dans ses ultimes concerts, comme le 28 décembre 1867 à Saint-Pétersbourg.
La structure cache une couleur neuve et granitique, nouveauté que l’on retrouve avec Les Nuits d’été, où Berlioz se montre ici pionnier de la mélodie avec orchestre. Il harmonise son écriture avec le raffinement artistique des six poèmes de Théophile Gautier, extraits de son recueil La Comédie de la mort (1838). Le poète pleurait alors la disparition de sa bien-aimée Cydalise, âgée de vingt-trois ans, d’où le ton poignant des chants centraux de Berlioz. Les Siècles offrent avec ces six mélodies poignantes et hantées par la mélancolie un écrin de choix à la mezzo-soprano Marie Lenormand.

Le premier bonheur vient de l’orchestre, galvanisé par son chef François-Xavier Roth. Les instruments d’époque servent magnifiquement une musique exubérante et inventive, richement référencée. Télérama