Les Enfants du paradis

Jacques Prévert / Cie Marius

L’iconoclaste compagnie flamande Marius s’empare du scénario original imaginé par Prévert pour donner une vie nouvelle à ses amoureux chahutés. Un moment de théâtre populaire et épique, concocté par une équipe décidément hors du commun, qui donne envie de croire en tout, aux rêves trop grands, à la beauté et à l’amour impossible.

Au début de l’été 2019, la troupe proposait une relecture savoureuse de la trilogie de Marcel Pagnol (Marius, Fanny et César) sur le port de Chef-de-Baie, entrecoupée de bouillabaisse maison et d’un verre de bonne bière des Flandres. Un authentique moment de théâtre de tréteaux, dont chaque spectateur se souvient encore avec le sourire.
Toujours soucieuse de partager avec le plus grand nombre sa haute idée de la poésie populaire, la compagnie belge s’attaque cette fois-ci au scénario de Jacques Prévert, écrit pendant l’Occupation et servi à l’écran par Arletty et Jean-Louis Barrault, qui donnèrent corps au chef-d’œuvre de Marcel Carné. Dans le Paris agité de la fin des années trente, le destin réunit une femme et quatre hommes : un mime, un acteur, un criminel anarchiste et un comte très riche. Ils vont tous se jeter aux pieds de la belle, mais seulement l’un d’eux va conquérir son cœur.
« Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour. » Les âmes cabossées de Garance et Baptiste trouvent ici sur ces planches un écho nouveau. Une puissance, un rythme différent. Quelque chose de l’ordre d’une légèreté tragique. Huit comédiens incarnent ainsi une soixantaine de personnages, tout en mots, en gouaille et en chansons. Anciens membres du fameux collectif « tg STAN », Waas Gramser et Kris Van Trier relèvent ici un véritable défi de mise en scène, au plus proche de cette grammaire théâtrale unique, chaleureuse et proche du public, qui fait la marque de fabrique de la compagnie depuis quinze ans. Les Enfants du paradis version Marius célèbre avec Prévert la grâce lumineuse des vaincus.