L’Échange

Paul Claudel / Christian Schiaretti

Le directeur du TNP de Villeurbanne aborde le fameux texte de Claudel comme une collision des couples, frontale et âpre, tout comme un choc des cultures, l’une humaniste, l’autre indivi-dualiste. Christian Schiarretti confie cette langue sauvage à un quatuor de comédiens d’exception. Parmi eux : Robin Renucci, dont la composition de son Ruy Blas mis en scène par Schiarretti avait déjà été saluée en son temps par le public de La Coursive.

Cette première version de L’Échange est celle d’un homme jeune de vingt-cinq ans, vice-consul à New York, écrivain naissant. Ivre de sa découverte des États-Unis, Paul Claudel songe à une «dramaturgie de l’or» et compose une tragédie en trois actes, selon la règle des trois unités de temps, de lieu et d’action. Tout commence par l’ascension du soleil et s’achève à son coucher. En confrontation devant l’océan, un premier couple : Louis Laine, Américain, dans les veines duquel coule du sang indien, et Marthe, paysanne française qu’il a enlevée lors de son séjour en Europe ; un second couple : Thomas Pollock Nageoire, financier de Wall Street, et Lechy Elbernon, actrice sudiste.
Le verbe claudélien n’a pas besoin de décor pour faire théâtre. Il sera saisi par un jeu de lumières dans un immense espace nu. Les quatre protagonistes s’appuieront sur la vigueur, l’audace, l’énergie d’un souffle qui les entraînent dans un combat dont nul ne sortira indemne. Ici, chacun est l’enjeu d’un échange. Ici, chacun est estimé à son poids d’or : Louis Laine, fougueux, épris de liberté, quat’sous en poche ; Marthe, jeune paysanne à la foi affirmée et à la dot dilapidée ; Thomas Pollock Nageoire, homme d’affaires plusieurs fois ruiné, aujourd’hui riche à milliards ; Lechy Elbernon, actrice dépendante de son puissant protecteur.