Le Syndrome de Cassandre

Yann Frisch / Cie l’Absente

Aussi attachant que virtuose, aussi libre que foisonnant d’idées, Yann Frisch est un artiste à part. En Auguste décati façon Michel Simon dans Boudu sauvé des eaux, l’acteur-magicien livre ici un spectacle sur l’absurdité de l’existence et la fragilité humaine.

La saison dernière, notre artiste associé venait habiter le Gabut avec son camion-théâtre pour Le Paradoxe de Georges, un spectacle ludique entre close-up et discours philosophique. C’est en salle cette fois que le prince de la magie nouvelle viendra présenter cette fable grinçante, un spectacle radical et déjà devenu culte, qui tourne depuis trois ans.
Drôle et tragique à la fois, la figure de ce spectacle est en quête de légitimité. Inspiré du « syndrome de Cassandre », un concept qui s’appuie sur la mythologie grecque pour évoquer les prédicateurs pessimistes, le clown déboule sur le plateau avec l’envie d’être crédible, écouté, entendu. Mais, par malheur, quand il entre en scène, ce sont les rires qui fusent…
À la croisée de l’illusionnisme, du théâtre d’objet, de la marionnette et du clown, Le Syndrome de Cassandre est un OVNI. Nez gris et regard émeraude, cheveux en bataille et maquillage abîmé, le champion du monde de magie se fait plus grave qu’à l’accoutumée en convoquant le véritable esprit du clown : celui d’une créature exorcisant la réalité, la mort et la vulnérabilité humaine par un rire noir. Coécrit avec Raphaël Navarro, autre surdoué de l’illusion, Le Syndrome de Cassandre installe d’emblée un climat sensible et bouleversant.

Drôle, méchant et grinçant juste ce qu’il faut,  poétique, absurde et libre. LE MONDE