LE SUICIDÉ

VAUDEVILLE SOVIÉTIQUE

Nicolaï Erdman / Jean Bellorini / Théâtre National Populaire Villeurbanne

La saison dernière, le public rochelais a salué unanimement la performance de Jean Bellorini et de ses jeunes interprètes, qui ont su magnifier avec talent les 5 523 octosyllabes de l’Onéguine de Pouchkine. En montant Le Suicidé, pièce écrite par Nicolaï Erdman sous l’ère Staline, interdite du vivant de son auteur, le patron du TNP de Villeurbanne nous livre cette fois une satire sociale aiguisée, iconoclaste et loufoque. Appuyée par une troupe exceptionnelle de dix-sept brillants comédiens et musiciens au plateau. Magnifique !

Farce subversive du Russe Nicolaï Erdman, écrite en 1928 et interdite en URSS jusqu’en 1987, la pièce a pour personnage principal un chômeur, Sémione Sémionovitch, dont la fringale nocturne de saucisson va avoir des conséquences inattendues. Parce qu’il l’a réveillée, une dispute éclate avec Macha, sa femme. Dans sa fureur, Sémione menace de pousser bientôt « son dernier soupir », puis disparaît. Mouvement de panique : Macha implore les habitants de l’appartement communautaire de l’empêcher de passer à l’acte. Sémione, seulement parti dans la cuisine pour soulager sa faim, comprend bientôt la confusion et la tourne à son avantage : feindre qu’il va se tuer lui « facilite la vie ». Mais le bruit court vite. De nombreux intéressés le pressent maintenant de mourir pour une vraie cause : chacun la sienne. Car « ce qu’un vivant peut penser, seul un mort peut le dire ».
Tout est traité ici sous un angle absurde et décalé, provoquant un rire cathartique en lieu et place du désespoir. Portée par des personnages pittoresques, voire burlesques, servie par un suspense haletant, cette pièce d’un comique féroce se révèle un remède efficace contre le totalitarisme. Et s’agissant d’adversité du quotidien et de vanités humaines, elle garde tout son sens par-delà le contexte qui l’a inspirée.

Pour s’attaquer à cette pièce extraordinaire, Bellorini n’a pas renoncé à sa griffe : un théâtre fluide qui mêle texte et musique, cultive une imagerie foraine et repose avant tout sur l’énergie des acteurs. Il n’y a pas de maillon faible. Les quatorze comédiens et deux musiciens sur scène impriment un rythme d’enfer à cette fable noire.
Les Échos
 
Le plaisir est grand à suivre cette comédie savoureuse et iconoclaste au rythme de cavalcade. Les acteurs sont fortiches, l’accordéon et la batterie les stimulent, la pantomime les habite. Magnifiquement clownesque !
Télérama Emmanuelle Bouchez
 
Jean Bellorini compose un Suicidé haletant, porté par un jeu d’acteur brillant. La mise en scène de Jean Bellorini mène la danse à un rythme soutenu, chorégraphiant les scènes de groupes et faisant transparaître à chaque instant dans les scènes clés, malgré le désespoir, l’aspiration de tous à une vie meilleure.
Sceneweb Hadrien Volle