La Disparition du paysage

Jean-Philippe Toussaint / Aurélien Bory

Soit un comédien à la langue amoureuse, Denis Podalydès, un écrivain contemporain sobre et profond, Jean-Philippe Toussaint, et un metteur en scène-plasticien spectaculaire, Aurélien Bory. L’expérience théâtrale qui va les réunir aux confins du verbe et du théâtre visuel s’annonce déjà enthousiasmante. Impatience !

Un homme parle, immobile, ou plutôt réduit à l’immobilité après un attentat. Il se souvient de la déflagration, puis tout s’est volatilisé, dispersé. Le voilà devant une fenêtre à Ostende, livré, condamné à ses pensées, ses souvenirs, ses observations. Il aperçoit un chantier important en train de s’édifier : on construit apparemment un haut mur qui, peu à peu, envahit l’espace de sa fenêtre, cache la vue, obscurcit et enferme sa chambre. Pensées et souvenirs s’obscurcissent à leur tour. La déflagration semble revenir. Il y eut un choc si violent, si total. L’homme, en réalité, est mort sur le coup.
À l’origine du projet, Jean-Philippe Toussaint, écrivain belge reconnu et traduit partout dans le monde, remet ce texte inédit à Denis Podalydès avec l’envie folle de voir ce dernier le porter à la scène. Challenge accepté par le comédien, toujours curieux d’expériences nouvelles. Mais comment donner à entendre et à voir ce flux de pensées, de sensations, de réminiscences ? Et comment faire avec la mort, toujours présente, déjà là, ombre et réalité ? Denis Podalydès pense à Aurélien Bory, créateur d’univers circassiens inclassables, que l’on connaît bien à La Coursive à travers ses créations marquantes (Plan B, Sans objet, Plus ou moins l’infini ou encore Les Sept planches de la ruse). Défi validé par cet architecte de la scène, toujours friand d’aventures artistiques inédites.
Peu de certitudes alors, mais tellement de promesses ! Denis Podalydès y sera seul en scène, dans un décor mouvant imaginé par Aurélien Bory. Ils éprouveront, ensemble, la disparition du paysage, l’acuité tranquille de la langue de Toussaint, et habiteront la scène avec élégance, raffinement, et humour aussi. Sur le papier, la mission est d’ores et déjà accomplie !

J’espère que nous nous acquitterons bien de la mission. C’est aussi, à mon sens, une des missions du théâtre : donner voix, corps, espace et temps à la prose des grands écrivains, à la littérature de notre temps bizarre. DENIS PODALYDÈS