Gravité

Angelin Preljocaj

Le chorégraphe star de la scène française offre un sublime ballet aux confins de la danse contemporaine et du classique. En cherchant à défier la pesanteur, Angelin Preljocaj retrouve la légèreté dans un spectacle où l’épure est reine. Un très grand cru.

« Ô lourde légèreté! » Shakespeare, dans son génie, a sans doute offert en trois mots la plus poétique et philosophique des définitions de la gravité. Invisible, impalpable, immanente, la gravitation est l’une des quatre forces fondamentales qui régissent l’univers, désignant l’attraction de deux masses.
Le corps et le sol, le poids et l’espace, la vitesse et la chute sont des notions qui, depuis ses débuts, traversent l’œuvre d’Angelin Preljocaj. Comme une quintessence de son immense parcours de chorégraphe, ce spectacle sans artifice s’affranchit de la pesanteur pour ne donner à voir que l’exigeante lumière du geste.
Dans une succession de tableaux magnifiés par une troupe au diapason, la musique soulève littéralement les danseurs, de Bach à Daft Punk, en passant par un époustouflant Boléro de Ravel. Et les seules lumières d’Éric Soyer offrent un écrin parfait à la légèreté surnaturelle des corps.
Des corps qui flottent, accélèrent puis ralentissent, des corps qui repoussent leurs limites et celles de l’attraction terrestre, comme si, à travers eux, Angelin Preljocaj avait trouvé un nouveau chemin d’écriture, laissant de côté toute narration. Une page blanche. On ne peut qu’imaginer le travail extrême demandé en amont par le chorégraphe à ces athlètes-libellules: une élévation, une fragilité nue.
Que dire d’autre de Gravité? «Plume de plomb, fumée lumineuse, flamme glacée », histoire, encore, de paraphraser Shakespeare ? Non, plus simplement, Gravité est sublime: à la fois doux, puissant et d’une époustouflante pureté. Fort.

Avec Gravité, le chorégraphe trouve une nouvelle grâce. Le Monde