George Dandin ou le mari confondu

Molière / Jean-Pierre Vincent / Cie À L’Envi

Comment rester de marbre face à cette descente aux enfers d’un paysan parvenu, victime volontaire de son ambition débordante, aux prises avec une très jeune épouse manipulatrice hors pair, qui revendique avec force son désir de liberté ? Un tableau féroce et jubilatoire dressé par un maître de la mise en scène.

Sadisé, cocufié, piétiné, l’autoritarisme ridicule de George fait de lui, à chaque péripétie, le Dandin de la farce. Tellement dominé qu’il en deviendrait attachant. Enfin, presque… Il faut dire qu’il l’a bien cherché ! En se payant avec toute l’arrogance du nouveau riche la jeune Angélique, de très loin sa cadette, littéralement vendue par ses parents, couple de nobliaux désargentés, ce « Monsieur de la Dandinière » n’attire pas vraiment la sympathie.
Directeur du Théâtre national de Strasbourg, de la Comédie-Française ou du Théâtre des Amandiers de Nanterre, Jean-Pierre Vincent a signé près de cent spectacles depuis 1958. Nul doute que son George Dandin fera encore une fois date, magnifié par des comédiens pétulants à l’image d’un Vincent Garanger aussi subtil que survolté et d’une Angélique émancipée, formidable Olivia Chatain !
Dans cette mise en scène, Jean-Pierre Vincent allie toujours la fougue du jeune homme à l’intelligence du sage, le rythme scientifique de la comédie à une pensée politique sans concessions, plus que jamais affutée et en phase avec les enjeux de l’époque. Depuis sa création au Théâtre du Préau en Normandie, le spectacle fait un triomphe partout à travers la France. Trois siècles plus tard, entre farce noire et lutte des classes, cruauté et grands éclats de rire, George Dandin souligne encore avec acuité nos petites médiocrités humaines.

Jean-Pierre Vincent réussit à traduire dans sa direction d’acteurs la critique tous azimuts de Molière, aussi  acerbe avec la vanité des ambitieux qu’avec la préciosité d’une noblesse décadente. LES ECHOS

 

Audiodescription