Fúria

Lia Rodrigues

Basée dans la favela de Maré, à Rio de Janeiro, Lia Rodrigues est depuis trente ans la chorégraphe du choc et de la fureur, du corps collectif et politique. Les huit scènes nationales de Nouvelle-Aquitaine s’allient pour mettre en lumière cette artiste internationale majeure et la soutenir dans un contexte politique brésilien tendu. Pour cela, La Coursive diffuse cette saison une pièce-phare de son répertoire, Fúria (2018), et co-produira sa prochaine création, à découvrir fin 2021.

Princes drapés de haillons, princesses d’un royaume bâti à coups de récup’, les sept danseurs brésiliens de Fúria n’ont rien. Mais ils sont tout. Jamais accablés, toujours lucides, ils présentent un corps collectif pétri des maux de leur pays. Leur communauté mutante se recompose sans cesse au fil de processions lentes comme un cortège royal, de duos de maîtres et d’esclaves, de sculptures vivantes et de figures hurlantes.
En reine-chorégraphe de cette danse povera, forte de sa formation classique et de ses aventures européennes avec Maguy Marin,Lia Rodrigues, artiste associée au Théâtre national de Chaillot à Paris, bâtit une pièce surgie de la marge, nourrie aux écrits de femmes poètes.
Sa troupe d’interprètes, pour beaucoup issus des favelas, dispose des classes et des genres, inverse avec extase les assignations. C’est sa réalité, gorgée de références, qu’elle exprime à travers la puissance de ce spectacle-monde. Sous le pouls battant d’un morceau kanak passé en boucle, emporté par des corps de rage et de tendresse, portant ici et là leur nudité en étendard de leur colère brûlante, Fúria ne laisse pas indemne.

Corps dominés, révoltés, en transe… La troupe brésilienne, en partie issue d’une favela, dénonce de manière fracassante la brutalité de sa société. TÉLÉRAMA