ANY ATTEMPT WILL END IN CRUSHED BODIES AND SHATTERED BONES

Jan Martens / GRIP

Avec ce ballet hypnotique, qui a électrisé le Festival d’Avignon en 2021, le chorégraphe belge Jan Martens interroge les mouvements contestataires contemporains et transforme ses dix-sept danseurs en outil de révolte. Leur énergie de lutte émancipatrice, généreuse et enfiévrée, nous mène jusqu’à l’extase.

Le titre de la pièce annonce à lui seul l’engagement politique de la démarche. En référence à la menace du Président chinois Xi Jinping aux manifestants hongkongais, la pièce de Jan Martens Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones (soit : Toute tentative se soldera par des corps broyés et des os brisés) s’inspire des marches de protestation qui se multiplient depuis quelques années : Black Lives Matter, Gilets jaunes, Youth for climate…
Jan Martens y questionne la dialectique à l’œuvre entre notre immobilisme face aux enjeux sociétaux ou climatiques, et l’émergence de ces actes de rébellion et de résistance. Pour ce faire, il crée un « corps de ballet » atypique de dix-sept interprètes qui transcende les générations, tous engagés dans une expérience faite de tensions et de joie. Le plateau devient pour eux l’espace d’une possible démocratie, où s’écrit une chorégraphie millimétrée et contrastée, faite de vagues frénétiques et de temps suspendus, comme un écho à nos exaltations militantes et nos résistances immobiles façon sit-in. Sur le lancinant concerto pour clavecin d’Henryk Górecki, et les poèmes de Kae Tempest, les énergies contestataires sont galvanisées. Ce ballet foisonnant s’impose alors comme une réponse éclatante aux visions réactionnaires du monde.

 

 
Une troupe de dix-sept danseurs à la belle diversité, des costumes à faire pâlir les influenceuses d’Instagram, un propos engagé, ce ballet des émotions fait un bien fou.
Les Échos Philippe Noisette