Ainsi la nuit

Luc Petton / Le Guetteur

Il est des propositions scéniques qui intriguent et excitent l’imaginaire par un simple sous-titre. Ainsi la nuit est une « pièce pour danseurs, circassiens, loup, chouettes et vautour ». Un loup, des chouettes, un vautour ? Sur scène ? Oui, pour un étonnant ballet entre l’homme et l’animal, sur le thème de la conjuration de l’effroi de la nuit. Un spectacle poétique et magnétique.

En trois spectacles, le chorégraphe Luc Petton s’est fait une spécialité de faire danser hommes et bêtes dans un même élan. Rêveur fou, amoureux d’ornithologie, il se lance en 2004 dans la périlleuse aventure de créations conjuguant danseurs et oiseaux vivants. Immense défi, travail d’imprégnation de longue haleine… Naîtront La Confidence des oiseaux, avec ses corneilles, ses grives et ses étourneaux, Swan et ses cygnes blancs et noirs, puis le majestueux Light bird, où des grues de Mandchourie, sublimes et mystérieux échassiers, croisaient les pas de danseuses coréennes. Première mondiale au Palais de Chaillot, succès et éblouissement immédiat.
Les trois séquences d’Ainsi la nuit sont, elles, autant d’entrées dans le monde à la fois serein et terrifiant de la nuit. Avec la chouette, on pénètre dans le calme et le silence, et les sens s’éveillent. Quand le loup surgit, tous nos effrois de l’enfance refont surface, et cette peur prend corps dans des sensations physiques, rendues visibles ici par la danse. De prédateurs, nous voilà devenus proies. Enfin, l’inconcevable a lieu avec la dévoration des vautours, dans une scène finale de funérailles célestes sur le corps du danseur…
Luc Petton s’est laissé guider dans ce périple par un fil subliminal, La Divine comédie de Dante. Du noir profond à la lumière, du désespoir à la grâce, de l’Enfer au Paradis. La parole tiendra donc, aussi, une place importante dans cette fascinante expérience.