Où les cœurs s’éprennent

Eric Rohmer / Thomas Quillardet

En adaptant Les Nuits de la pleine lune et Le Rayon vert, deux longs-métrages qui se suivent dans la filmographie d’Eric Rohmer, Thomas Quillardet et sa troupe nous offrent un diptyque emmené par deux grands rôles de femmes, Louise et Delphine. Un hommage plein de fraîcheur au Marivaux de la Nouvelle vague.

D’une pièce à l’autre, une figure féminine est au centre : l’une (Louise) est en couple et cherche ailleurs son idéal ; l’autre (Delphine) est seule et cherche son idéal amoureux. Et chacune dans sa quête nous parle de solitude. Comment ces deux par-cours s’achèveront-ils ? Pour ceux qui n’ont pas vu les films, ne connaissent pas les scénarios, il faut le taire. D’ailleurs, ce n’est pas ce qui importe le plus.
Ce qui compte, c’est, si proche de Marivaux et, plus encore de Musset, le grand jeu rohmérien de la confusion des sens et des sentiments, des atermoiements du cœur et de la raison, de la peur ou du besoin de solitude, de l’amour et de son impossibilité, des non-dits et des désirs (les siens et ceux des autres), riches en satisfactions comme en frustrations, en malentendus et contra-dictions. Un grand jeu que Thomas Quillardet met délicatement en scène, par fines touches légères, inventives, pleines d’humour. Souvenir de l’écran blanc des salles de cinéma, une immense feuille de papier posée sur le sol cadre les limites de l’espace de jeu et permet, à la manière des livres en pop-up, de recréer les divers espaces où se déploie l’action. Toute la place est laissée à l’imaginaire du spectateur et des acteurs, définissant et redéfinissant magnifiquement les espaces par la grâce d’un geste, d’une pose, d’une attitude. Faisant leurs les répliques, paraissant les inventer en direct (ils ont travaillé en partie en improvisations), ces jeunes artistes irradient tous la scène et la salle. Charmeurs, enchanteurs. Lumineux.

Le décor, une grande feuille déroulée sur le plateau, comme un écran de cinéma décroché du mur, permet de mêler les deux univers et de titiller l’imaginaire. LE MONDE