YOMEDDINE

A.B. SHAWKY

Deux acteurs non professionnels interprètent le film dont Rady Gamal, rencontré par A.B. Shawky lors d’un documentaire tourné en 2008 dans une léproserie à Abou Zabaal près du Caire…

À la mort de sa femme, Beshay quitte la léproserie dans laquelle il vivait depuis l’enfance et se lance sur les routes de l’Égypte du Nord, rurale et désertique, dans une charrette tirée par un âne. Celui qui crie ne pas être un animal, à l’instar du héros d’Elephant Man n’est plus contagieux, mais porte les stigmates de la maladie, à l’origine de son exclusion, à laquelle ne pourra remédier que le «jour du jugement dernier» («Yomeddine»). Il est accompagné, à son insu, par un orphelin nubien surnommé «Obama», qui travaillait, en dépit de son jeune âge, au milieu d’une gigantesque décharge à ciel ouvert. Comme dans toute fable fondée sur un voyage initiatique, les deux parias en quête de leurs origines découvrent le monde, se déchirent et se lient, croisent des adjuvants et des opposants. Mais qui, parmi les intégristes religieux ou les marginaux rencontrés, est disposé à les aider? L’unique premier film de la compétition de Cannes 2018, venait cette année de l’Égypte. Sans doute le costume était-il un peu grand pour ce «feel good road movie», comme le définit son réalisateur formé à la NYU (Université de New York). S’il n’évite pas tous les pièges du bon sentiment et du consentement à l’ordre établi (cinématographique et politique), son humanisme et ses interprètes principaux emportent l’adhésion.
STÉPHANE GOUDET – POSITIF N°689-690, JUILLET-AOÛT 2018