WARDI

MATS GRORUD

Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, une jeune Palestinienne de onze ans, vit avec toute sa famille dans le camp de réfugiés où elle est née. Sidi, son arrière-grand-père adoré, fut l’un des premiers à s’y installer après avoir été chassé de son village en 1948. Le jour où Sidi lui confie la clé de son ancienne maison en Galilée, Wardi craint qu’il ait perdu l’espoir d’y retourner un jour. Mais comment chaque membre de la famille peut-il aider à sa façon la petite fille à renouer avec cet espoir ?

[…] L’architecture est au centre de Wardi. Une architecture spontanée, qui répond aux contraintes du surpeuplement : à chaque génération, on construit un étage supplémentaire, sur le lopin attribué à une famille de réfugiés. Ce film très politique est l’aboutissement d’une histoire familiale. Infirmière pour une ONG norvégienne, la mère de Mats Grorud a vécu la guerre civile libanaise. En souvenir de cet engagement, son fils, étudiant en cinéma d’animation, est parti pour Beyrouth afin d’y partager son savoir. Parce qu’il y a enseigné, Mats Grorud a situé son film dans le camp de Bourj El-Barajneh, à Beyrouth. Wardi, son héroïne, porte l’uniforme frappé du sceau de l’Unicef des écoliers palestiniens, elle s’apprête à entrer au collège et fait preuve d’une opportune curiosité quant à l’histoire de sa famille… Les séquences contemporaines, qui mettent en scène la routine de l’exil, le surpeuplement et les arrangements avec le dénuement, recourent aux marionnettes (le réalisateur a travaillé avec l’animateur français Pierre-Luc Granjon) ; les retours en arrière, de 1948 aux derniers soubresauts de la guerre civile libanaise, sont, eux, traités en dessins animés.
THOMAS SOTINEL – LE MONDE, 15 JUIN 2018