VOUS NE DÉSIREZ QUE MOI

CLAIRE SIMON

Un homme veut parler. Il demande à une amie journaliste de l’interviewer pour y voir plus clair. Cela fait deux ans qu’il vit une passion totale, charnelle, littéraire avec une grande écrivaine beaucoup plus âgée que lui. Il veut mettre des mots sur ce qui l’enchante et le torture. Il va décrire leur amour, son histoire, et les injonctions auxquelles il est finalement soumis évoquent celles que, depuis des millénaires, les femmes endurent. 

Yann Andréa raconte à une journaliste sa relation fusionnelle (et dangereuse) avec Marguerite Duras. Un formidable film sur la passion, où Swann Arlaud impressionne de bout en bout.

C’est un film sur l’écoute : on voit dans le film comment l’écoute fait survenir une parole – vous filmez presque autant Michèle Manceaux / Emmanuelle Devos qui écoute que Yann Andréa / Swann Arlaud qui parle.

CLAIRE SIMON : Pour moi, pour qu’une conversation soit une scène de cinéma, il faut d’abord qu’il y ait l’écoute. À qui on parle, quel effet ça fait à celui qui écoute. La parole sans écoute, c’est de la mauvaise télévision, où on ne filme que des têtes parlantes qui débitent leurs opinions. Lorsque j’ai fait Les Bureaux de Dieu, sur le Planning familial, qui est donc un endroit où on écoute les femmes, j’ai compris que l’écoute était quelque chose de plus fort que ce que je pensais : l’écoute dirige la parole. […] C’est un effet mystérieux mais je crois que même quand une femme ne dit rien, elle a le moyen par l’écoute de créer une parole et de la faire advenir à un endroit précis. Quand on voit celle qui écoute, cela ajoute un autre point de vue à ce qui est dit. […] À cause de ce qu’elle entend, Michèle Manceaux voit ce que Yann lui raconte. Elle écoute et met en scène ce récit de Yann, elle « se fait un film » comme ça nous arrive à tous en écoutant quelqu’un… Elle tire des fils discrets de ce que dit Yann…