VIENDRA LE FEU

OLIVER LAXE

Oliver Laxe signe un film mystique et ardent tourné sur ses terres de Galice. […] Un homme taciturne nommé Amador, condamné quelques années plus tôt pour un incendie volontaire, sort de prison et retrouve sa mère, Benedicta, qui prend soin d’un petit troupeau de vaches… Après Vous êtes tous des capitaines (2010) et Mimosas (2016), Oliver Laxe continue la série des portraits de sa figure privilégiée, l’autiste magnifique, l’idiot ni innocent ni coupable, pris entre l’hébétude et la grâce, que l’amateur Amador incarne avec le surcroît de mélancolie qui va à ces paysages détrempés et ardents où le cinéaste a vécu ou rêvé son enfance… Puis vient le feu du titre, qui ravage les montagnes alentour, fait partir l’immense forêt en fumée, défiant les corps fragiles des pompiers jetés dans ses bras… Le cinéma pieux et impie d’Oliver Laxe est un art pompier et un art pyromane, de leur rencontre naît l’équilibre de son chant, avec sa puissance de dévastation, évidente dès l’image sonore de la première scène, un bulldozer dans la nuit arrachant les arbres sur son passage. La partie incendiaire, qui montre les pompiers au travail, décrit une technique singulière, une utopie pyromane : la pratique du contre-feu, allumer un feu pour éteindre l’autre, jeter l’élément contre lui-même, combattre le mal par le mal. À cette mystique de la terre brûlée, qui est le violent secret d’Amador, persistent à répondre d’autres gestes fixés dans la première partie, sur les mains d’une vieille héroïne qui prend soin des choses en l’absence des hommes : le film de Benedicta.
LUC CHESSEL – LIBÉRATION, 21 MAI 2019

Viendra le feu dans Télérama