UNE PLUIE SANS FIN

DONG YUE

Yu Guowei est «un employé modèle». Son rôle d’apprenti détective va conduire à la catastrophe…

S’il reconstitue les scènes de crime, s’il lui faut trouver les coupables, c’est pour « donner un sens à sa vie ». Mais dans ce coin de la Chine où les usines ferment, où même le ciel menace de vous tomber sur la tête, qu’est ce que le sens de la vie ? Devant son ampleur, on peine à croire que ce film noir chinois soit un premier long métrage. La mise en scène de cet ancien chef opérateur est superbe : plans larges et lents, où l’horizon n’est que brouillard à perte de vue, où les ouvriers, filmés en contre-plongée, en blouse terne ou en ciré, deviennent une foule interchangeable… Tourné dans la province du Hunan, à Hengyang, site industriel majeur du sud de la Chine devenu un no man’s land à la fin des années 1990, Une pluie sans fin est une désespérante et emballante peinture des «vestiges inutiles d’une nation glorieuse», comme Yu Guowei, qui rêvent à des âmes mortes et en oublient de vivre une possible histoire d’amour.

GUILLEMETTE ODICINO – TÉLÉRAMA, 28 JUILLET 2018