UNE GRANDE FILLE

KANTEMIR BALAGOV

1945. La Seconde Guerre mondiale a ravagé Léningrad. De retour du front, deux jeunes femmes, Iya et Masha, tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur vie.

À l’origine de ce deuxième film de Kantemir Balagov, auteur du déjà très réussi Tesnota, réalisé à seulement vingt-cinq ans, il y a la découverte d’un livre : La guerre n’a pas un visage de femme de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015. Un recueil de témoignages de femmes combattantes de la Seconde Guerre mondiale, connue dans le camp soviétique sous le nom de « Grande Guerre patriotique », battant en brèche la lecture universellement « masculine » des conflits. C’est la lecture de cet ouvrage majeur qui aura donné à Balagov le désir d’imaginer la difficile réadaptation à la vie civile de deux de ces femmes, confrontées aux privations de l’après-guerre, et unies par une affection qu’un drame va mettre à l’épreuve. Dans un style à la fois austère et pourtant vibrant d’une sensualité souterraine, contrainte par la dureté de l’époque et les stigmates du conflit, le film impressionne par sa rigueur formelle, qui évoque les cauchemars éveillés d’un László Nemes, auxquels auraient été ajoutées des touches de couleurs vives et la promesse d’un espoir. Porté par un duo d’actrices exceptionnelles et le talent de cet élève d’Alexandre Sokourov, ce film confirme la vitalité d’un cinéma russe revigoré depuis plusieurs années et la naissance d’un grand réalisateur.
in COURRIER ART & ESSAI, JUILLET 2019