UNE AFFAIRE DE FAMILLE

KORE-EDA HIROKAZU

Magnifique nouveau film de l’auteur de Nobody Knows et de Tel père, tel fils. S’il a souvent questionné la force et la légitimité des liens choisis face à ceux que la famille impose, Kore-eda atteint cette fois un sommet de grâce et d’émotion.

[…] Ce n’est pas simplement «un Kore-eda de plus», c’est une merveille d’incorrection placide. Le cinéaste japonais revient sur son thème fétiche de la famille en nous présentant un phalanstère pas piqué des hannetons: le père chaparde à l’étalage et enseigne cet art à son fils d’une douzaine d’années, la mère bosse à l’usine et exhale des bouffées de désir sexuel, la grand-mère est retorse, la soeur aînée gagne sa vie dans un peep-show et cette famille almodovarienne vivant dans un bouge encombré recueille un jour une petite voisine de quatre ans, battue par ses parents, et l’adopte illico malgré la précarité financière et le manque d’espace. Cette famille
est hors norme mais regardée avec empathie comme une famille normale, et heureuse. Et puis, les vérités de cette famille étonnante se dévoilent dans une seconde partie qui explose toutes les conceptions familialistes recuites et rancies de la Manif pour tous. […] Kore-eda ne brandit aucun drapeau militant, ne hurle pas sa vision politiquement incorrecte de la famille : il se contente de la montrer patiemment, tranquillement, avec beaucoup de précision et de retenue, et parvient ainsi à un degré maximal d’émotion et de vérité humaine. Une affaire de famille, c’est du vitriol socio-politique dans un étui de satin ultra-élégant.

SERGE KAGANSKI – LES INROCKUPTIBLES, 16 MAI 2018