UN HÉROS

ASGHAR FARHADI

Rahim est en prison à cause d’une dette qu’il n’a pas pu rembourser. Lors d’une permission de deux jours, il tente de convaincre son créancier de retirer sa plainte contre le versement d’une partie de la somme. Mais les choses ne se passent pas comme prévu… Une analyse fine des maux de la société iranienne.
Un héros est une belle réussite, tout proche, en termes d’intensité et de mise en scène au cordeau, du chef-d’oeuvre d’Asghar Farhadi, Une séparation, Ours d’or à Berlin en 2011. Comme à son habitude, le cinéaste de Téhéran utilise le registre du conte moral à suspense pour ausculter les maux de la société iranienne. […] La mécanique scénaristique mise en place est un modèle d’efficacité dramatique. Avec une ironie cruelle : plus Rahim, « héros » d’un jour, tente de prouver sa bonne foi, plus le petit magouilleur velléitaire qu’il semblait être révèle sa bonté, plus il devient un paria aux yeux d’une opinion chauffée à blanc par les utilisateurs des réseaux sociaux qui, en Iran comme ailleurs, sont prompts à brûler ceux qu’ils avaient adoré la veille. Nouveauté dans son oeuvre, Farhadi introduit même une pointe de satire pour dénoncer l’obsession de la rédemption chère au régime islamique. Mais c’est l’émotion qui prend le dessus dans cette fable digne des grands films de Capra. Où un enfant, comme toujours dans le cinéma de Farhadi, joue un rôle crucial, témoin impuissant et victime du comportement des adultes mais aussi, moteur de leur prise de conscience…
SAMUEL DOUHAIRE – TÉLÉRAMA, 13 JUILLET 2021