TRE PIANI

NANNI MORETTI

Une série d’événements va transformer radicalement l’existence des habitants d’un immeuble romain, dévoilant leur difficulté à être parent, frère ou voisin dans un monde où les rancœurs et la peur semblent avoir eu raison du vivre ensemble. Tandis que les hommes sont prisonniers de leurs entêtements, les femmes tentent, chacune à leur manière, de raccommoder ces vies désunies et de transmettre enfin sereinement un amour que l’on aurait pu croire à jamais disparu…

Même s’il est allé puiser dans la littérature, c’est bien à la profusion narrative des séries que Nanni Moretti se confronte pour la première fois, avec ces intrigues croisées, denses en personnages et en rebondissements. De même, la question contemporaine du consentement hante une bonne partie du film, s’ajoutant aux motifs déjà connus (fractures sociale et générationnelle, délitement du collectif) de la réflexion politique et morale du cinéaste. Avec ce résultat paradoxal : loin de marquer une rupture dans l’œuvre, Tre Piani donne, au contraire, l’impression de retrouver un Nanni Moretti familier, celui de La Chambre du fils plutôt que d’Habemus papam. Un Moretti élégant, émouvant, humaniste, sinon humble : moins soucieux de briller que d’accompagner ses personnages éprouvés vers une résilience, ou à défaut, une consolation.
LOUIS GUICHARD – TÉLÉRAMA, 11 JUILLET 2021

C’est la surprise du film. Nanni Moretti nous avait assez peu habitué à la temporalité du romanesque, ces trajets de personnages au long cours, ces ellipses par lesquelles les situations et les personnages, brutalement se recomposent. Il travaillait jusque-là sur l’unité courte de la chronique, son temps resserré. Il investit ici un mode de récit plus proche d’Almodóvar.
JEAN-MARC LALANNE – LES INROCKS