SOFIA

MERYEM BENM’BAREK

Un premier long métrage sobre, direct, honnête. En racontant l’histoire
de Sofia, une Marocaine de vingt ans qui se retrouve dans l’illégalité parce
qu’elle accouche d’un bébé hors mariage (elle a vingt-quatre heures pour
fournir les papiers du père…), Meryem Benm’Barek se démarque triplement.

Primo, l’enjeu de son film – la dénonciation de la condition féminine au
Maroc– reste un combat courageux, donc pas si courant. Nabil Ayouch
(Much Loved) en sait quelque chose… Secundo, elle mène son récit – rapide,
efficace – sans esbroufe et, plus difficile encore, sans dogmatisme. Il faut
voir comme elle bascule du thriller au drame familial puis social,
élargissant finement son spectre narratif. Et tertio, contrairement à
nombre de ses confrères, elle s’est choisie pour héroïne une jeune femme
effacée. De celles qu’on ne remarque jamais. À tort.
Car à travers le personnage de Sofia, formidablement incarné par Maha
Alemi, Meryem Benm’Barek démontre aussi bien les violences sexistes que
les mécanismes de classe, toujours d’actualité dans le Maroc de 2018.
D’autant plus fort que l’intrigue de Sofia a pour cadre la bourgeoisie de
Casablanca. Apparemment occidentalisée : elle porte des perfectos et
s’exprime en français… une langue que Sofia, issue de la parentèle pauvre,
maîtrise mal. Mais tout aussi incapable, in fine, de transgresser les lois
patriarcales d’une société hypocrite.

ARIANE ALLARD – POSITIF, JUILLET-AOÛT 2018