SAUVAGE

CAMILLE VIDAL-NAQUET

Léo, vingt-deux ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les
hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain
sera fait. Il s’élance dans les rues. Son coeur bat fort.
Léo embrasse, Sauvage embrase. Le premier long métrage de Camille
Vidal-Naquet met en scène un jeune héros solaire. Jamais endurci, même
s’il prend des coups et se dégrade physiquement sous nos yeux, Léo est
encore capable de faire des rencontres et de donner… Mais il ne donne pas
son prénom aux hommes qui le paient : son identité est peut-être son bien
le plus précieux. «Appelle-moi comme tu veux», dit-il à un client. Pendant
un temps, le réalisateur voulait faire de cette réplique le titre du film. Dès
la première scène, chez ce médecin qui ausculte bizarrement le corps
tatoué et un peu abîmé du jeune homme, on sent que le film va surprendre.
Sauvage est une oeuvre longuement mûrie et documentée… Camille Vidal-
Naquet est entré en contact avec des prostitués du bois de Boulogne par
l’intermédiaire d’une association. Il pensait y passer quelques nuits. Il y
retournera trois ans, profondément touché par ce milieu de la prostitution
masculine… De cette immersion, il a tissé une fiction que la beauté brute
de Félix Maritaud (découvert dans 120 battements par minute de Robin
Campillo) aurait pu faire basculer dans une esthétique de vidéoclip. Le film
ne tombe jamais dans ce travers, justement parce que le vécu est au centre
du scénario. Léo remplit sa vie de la misère sexuelle des uns, du fantasme
de domination des autres, s’embarque dans des plans hasardeux et
destructeurs… Des moments de descente, ou de «renaissance», sans
longueur ni pesanteur. En suivant Léo caméra sur l’épaule, le réalisateur
nous entraîne dans un monde à part, aux variations infinies… Sauvage est
une quête d’amour éperdue… Quel qu’en soit le prix.

LE MONDE, CLARISSE FABRE, 15 MAI 2018