SANTIAGO, ITALIA

NANNI MORETTI

En septembre 1973, après le coup d’Etat du général Pinochet au Chili, l’ambassade italienne à Santiago ouvrit ses portes pour accueillir des centaines de réfugiés fuyant la répression. Nanni Moretti honore cette formidable solidarité dans Santiago, Italia : un documentaire historique basé sur des témoignages bouleversants, et qui résonne avec force dans l’Italie d’aujourd’hui…
TÉLÉRAMA, 23 FÉVRIER 2019

Comment ce film est-il né ?
NANNI MORETTI : Tout a commencé au printemps de l’an dernier : j’étais à Santiago pour une conférence et l’ambassadeur italien m’a parlé de deux jeunes diplomates qui avaient décidé d’accueillir les dissidents politiques. J’ai découvert une belle histoire italienne d’accueil et de courage, un exemple de la façon dont les individus peuvent faire la différence. C’était une histoire de ma jeunesse, alors j’ai repensé à l’importance qu’avait eu à cette époque l’expérience chilienne, la figure du président Allende et ensuite le bouleversement du coup d’État. C’est ainsi que je me suis mis à travailler : quarante heures d’entretiens, non seulement pour parler du Chili mais aussi de l’Italie d’alors, du pays qui a le plus aidé.

Pourquoi parler du coup d’État au Chili aujourd’hui ?
N. M. : Pendant que je tournais, on me le demandait souvent et je ne savais pas bien quoi répondre. Puis, une fois le tournage terminé, Matteo Salvini est devenu ministre de l’Intérieur et alors j’ai compris pourquoi j’avais tourné ce film. Je l’ai compris a posteriori.

Il y a des témoignages émus sur la façon dont les Chiliens ont été accueillis avec générosité, le travail dans les champs en Émilie ou en usine à Milan, les cours d’italien, les soirées de musique andine pour soigner la nostalgie… Une autre Italie, véritablement.
N. M. : Nombreux sont ceux qui n’associent les années 1970 qu’au terrorisme, on les enferme dans l’expression «Années de Plomb», mais c’est une erreur parce qu’elles n’ont pas été que cela mais beaucoup d’autres choses. Je dois dire que ces années m’ont surpris, j’ai éprouvé un rare moment d’orgueil national. Au montage, je me suis rendu compte que, sans que je l’aie programmé, le film commence en parlant du Chili d’autrefois et finit
en parlant, involontairement mais pas par hasard, de l’Italie d’aujourd’hui.
PROPOS RECUEILLIS PAR MARIO CALABRESI – IL VENERDÌ DE LA REPUBBLICA, 30 NOV. 2018