SANS FILTRE

RUBEN ÖSTLUND

Après la Fashion Week, Carl et Yaya, couple de mannequins et influenceurs, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Tandis que l’équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de gala approche. Les événements prennent une tournure inattendue et les rapports de force s’inversent lorsqu’une tempête se lève et met en danger le confort des passagers.

Le 75e Festival de Cannes a fait le choix de l’éclat de rire corrosif et politique en offrant une deuxième Palme d’Or à Ruben Östlund, pour Sans Filtre (Triangle Of Sadness), satire acide des super-riches et des rapports de classe dans les sociétés occidentales. Ce croisement de Titanic et de La Grande Bouffe succède à The Square, son précédent long-métrage sur le milieu de l’art contemporain. En cinq ans, le réalisateur suédois de quarante-huit ans ne s’est pas assagi et dénonce cette fois, par la caricature, les excès de la société de l’apparence et du capitalisme. « Nous n’avions qu’un but : faire un film qui intéresse le public et le fasse réfléchir en provoquant », a déclaré Ruben Östlund en recevant son prix. « Comme lors d’une conversation entre amis, on peut rire en abordant des sujets importants, je trouve qu’on peut faire un cinéma divertissant en parlant de sujets graves. »

La grande séquence du dîner du capitaine (un marxiste porté sur l’alcool interprété par Woody Harrelson) restera un moment d’anthologie. On assiste hilare à cette catastrophe maritime et révolutionnaire qui rebattra les cartes du jeu social. Le cinéaste possède une maîtrise parfaite de ses moyens stylistiques, et ce jusque dans l’outrance. De notre côté, on y prend un réel plaisir de spectateur éclaboussé.