PETITE FILLE

SÉBASTIEN LIFSHITZ

Sasha doit aller à l’école habillé en garçon. Pourtant, une chose est claire : quand il sera grand, il sera une fille. Ses parents comprennent très tôt le désir urgent de leur enfant, une fillette aujourd’hui âgée de huit ans née dans le corps d’un garçon. Ils s’engagent sans faiblir pour que Sasha puisse être elle-même partout et tout le temps.

Sans idéaliser, le film se refuse à ne montrer que la part problématique de la vie de sasha : il s’intéresse surtout à la prise de conscience et aux traitements nouveaux d’une nature qui aurait été considérée comme un sujet de honte ou de rejet quasi général il y a encore cinquante ans, comme le montrait un précédent film de Lifshitz, Bambi (2013), consacré à la première femme transgenre célèbre en France. Le cinéaste filme Sasha avec une belle délicatesse, préférant l’observer danser, jouer, s’habiller que de la faire parler devant la caméra, pour mieux préserver sa grâce et sa précoce souveraineté. Chaque geste de la petite fille nous touche, chacune de ses larmes nous déchire.

MARCOS UZAL – LIBÉRATION, 28 FÉVRIER 2020