NOS BATAILLES

GUILLAUME SENEZ

Après Keeper, une touchante chronique entre intime et social.

Elle est partie. Comme ça, sans prévenir. Elle n’est pas allée chercher les enfants à l’école, elle a pris ses affaires, et n’a rien laissé, pas un mot, pas une lettre, juste du vide et des questions. Olivier, son mari, n’a rien vu venir, débordé par son boulot de contremaître, plus préoccupé par le mal-être de son équipe et les pressions de ses supérieurs que par le spleen de sa femme.

Ce beau film sensible et vibrant, s’ouvre d’ailleurs sur le cas de l’un des collègues d’Olivier, jugé trop vieux, trop faible, plus assez performant. L’entreprise n’a pas le temps de le licencier : l’homme se suicide avant. Ce drame inaugural, comme une blessure ouverte d’emblée, avant même de faire véritablement la connaissance des personnages qui le peuplent si bien, donne le ton du film : un équilibre fragile, mais dignement tenu, entre les grandes douleurs et la grisaille quotidienne, entre la chaleur des liens affectifs et les froides rigueurs des vies ordinaires, tout un maillage de contraires et de contraintes, d’injustices, de colères, de tendresses et d’usure. […] Olivier, c’est Romain Duris, dans l’un de ses plus beaux rôles à ce jour. Il habite avec ferveur ce héros faillible, pivot essentiel, profondément attachant. Rares sont les films qui mêlent si bien les mondes, le dedans et le dehors, la chronique d’une famille ébranlée, mais aussi les solidarités et les violences de la vie au sein d’une entreprise. Tout sonne juste : l’affection électrique entre Olivier et sa sœur comédienne (Lætitia Dosch, lumineuse), la détresse rêveuse des bambins, autant que les violences sournoises du management moderne. Toutes les «batailles» de la vie.

CÉCILE MURY – WWW.TELERAMA.FR, 15 MAI 2018