MILLENNIUM ACTRESS

SATOSHI KON

Inédit en salle, ce splendide poème d’amour pour le cinéma est le deuxième long métrage de Satoshi Kon (Perfect Blue), grand maître de l’animation japonaise disparu en 2010 à seulement quarante-six ans.

Satoshi Kon est un grand cinéaste tout court. Si le cinéma asiatique et américain cherche de plus en plus son inspiration visuelle dans l’animation, Satoshi Kon, de toute évidence cinéphile « classique », semble concevoir ses dessins animés comme des films en prises de vue traditionnelles, sans effets spéciaux et avec de vrais acteurs. […] Millennium Actress, son deuxième film après le génial thriller conceptuel Perfect Blue, est encore meilleur et prolonge le précédent. Deux journalistes de la télévision, dont un ancien assistant de studio, vont interviewer une vieille dame, ex-grande vedette du cinéma qui vit désormais recluse. L’entretien permet d’évoquer à la fois l’histoire du siècle, la guerre, les différentes périodes du cinéma japonais, et le destin professionnel et privé de l’actrice. Le fil d’or reliant ces retours en arrière est une clé confiée par un mystérieux inconnu que la jeune femme aimera et poursuivra toute sa vie après une unique et brève rencontre. Perfect Blue était un polar horrifique, Millennium Actress un mélodrame. Mais les deux films partagent la même ambition et la même idée du cinéma, follement inventive, riche et ambitieuse ; le désir aussi de parler en même temps de la société du spectacle, de la confusion des sens et des sentiments. […] On pense à Resnais et à Un jour sans fin de Harold Ramis. Satoshi Kon s’intéresse toujours autant à la psychologie féminine (le but de la vie de son héroïne n’est pas de trouver son amant rêvé, mais d’être sans cesse à sa recherche), au rôle et à la situation aliénante de la femme dans la société japonaise.
OLIVIER PÈRE – LES INROCKUPTIBLES, 01 JANVIER 2005