LES MISÉRABLES

LADJ LY

À Montfermeil, la cité des Bosquets s’embrase à la suite d’une bavure policière, filmée par un enfant. Le cinéaste, habitant de ce quartier, transcende le film de banlieue. Magistral.

Victor Hugo rédigea Les Misérables dans cette ville de Montfermeil – une scène le rappelle avec humour. Et le récit distille les allusions au roman, à commencer par son personnage de Gavroche noir, tombé par terre après l’impact du flash-ball, puis voué à la révolte. Mais ce titre s’impose encore par sa pertinence pour évoquer un monde situé du mauvais côté de toutes les inégalités sociales. Un monde abandonné à ses expédients, à ses derniers retranchements – la drogue et son commerce, l’islamisme. Un monde que policiers et émeutiers partagent finalement. Ladj Ly montre leur face-à-face devenu incendiaire, terrifiant, mais choisit, en un dernier geste sublime, de le suspendre. Le pire peut attendre. Une chance infime demeure. L’énergie que libère ce grand film ne restera pas que celle du désespoir.
LOUIS GUICHARD – TÉLÉRAMA, 12 NOVEMBRE 2019