LES INTRANQUILLES

JOACHIM LAFOSSE

Le réalisateur belge signe un film tout en nuances sur le quotidien au bord de la crise de nerfs d’une femme suspendue aux troubles de son compagnon.

Damien Bonnard joue Damien, et il est à peine reconnaissable avec ses kilos supplémentaires et sa barbe de peintre récalcitrant, bipolaire, refusant d’avaler ses comprimés et rendant la vie insupportable à sa petite famille. Leïla Bekhti interprète Leïla, sa compagne, restauratrice de meubles, d’une psychologie rare, d’une patience infinie contenant la boule de nerfs. […] Joachim Lafosse filme le quotidien de Damien, Leïla et leur fils Gabriel, comme si de rien n’était, laissant au spectateur le soin d’apprécier les micro-dérèglements induits par le comportement du père. Ainsi physiquement transformé, Damien Bonnard avance sur un chemin de crête, entre la bête de scène et l’ours débonnaire, avant de retomber sur ses pattes et de trouver son équilibre. Damien Bonnard reste lui-même, son personnage ne fera pas d’effets de manche. Il a juste le regard sombre de celui qui assiste, impuissant, à sa propre chute. Se comportant tel un gamin, soucieux d’éviter la punition, il se cache, alors on le cherche, on réveille les proches, on alerte les blouses blanches. Sans doute parce qu’il connaît bien le sujet, son père ayant été atteint d’un trouble similaire, Joachim Lafosse trouve le ton juste pour raconter les épisodes fiévreux et faire virevolter ses personnages.

CLARISSE FABRE – LE MONDE, 17 JUILLET 2021