LE VENT NOUS EMPORTERA

RÉTROSPECTIVE ABBAS KIAROSTAMI

ABBAS KIAROSTAMI

Des étrangers en provenance de Téhéran arrivent pour un court séjour à Siah Dareh, un village du Kurdistan iranien. Les habitants ignorent la raison de leur venue. Les étrangers flânent surtout dans l’ancien cimetière et font croire aux villageois qu’ils sont à la recherche d’un trésor.

D’un sujet potentiellement lugubre et édifiant, le maître iranien Abbas
Kiarostami tire un film sensuel et espiègle. Tandis qu’une agitation à
suspense, teintée d’un cynisme macabre, semble désigner la mort comme
le point de fuite du récit, le film amorce délicatement un mouvement
contraire, d’ouverture et de réchauffement. De petites révélations en
instants majeurs, le mensonge inaugural de l’homme pressé, « nous
sommes venus chercher un trésor », annonce une vérité, fût-ce au sens
figuré : Le Vent nous emportera devient un éloge impromptu du temps à
perdre, un manifeste épicurien, comme une version lumineuse du chef d’oeuvre
tourmenté de Kiarostami, Le Goût de la cerise.
LOUIS GUICHARD – TÉLÉRAMA, 1999