LE PROFESSEUR

VALERIO ZURLINI

Rare et précieuse (huit films en vingt-deux ans), l’oeuvre de Valerio Zurlini reste mal connue. C’est cependant celle d’un cinéaste majeur.

[…] En 1972, un autre chef-d’oeuvre vient dialoguer avec Journal intime. Il s’agit du Professeur (titre français indigne de l’italien, La prima notte di quiete, « la première nuit de tranquillité », soit la mort – selon Goethe). Zurlini, en pleine crise existentielle, s’y livre comme jamais. C’est un film d’une noirceur absolue, nihiliste et bouleversant, une nouvelle histoire d’amour impossible qui n’a d’autre issue que l’anéantissement. Zurlini ne parle plus des rapports entre deux frères, mais de l’attirance d’un professeur de lettres pour une de ses étudiantes (la très belle Sonia Petrovna, la même année que Ludwig de Visconti !), dans une Rimini hivernale où nous retrouvons le talent de paysagiste de Zurlini, cette fois-ci épaulé par le grand coloriste Carlo Di Palma, et le froid lyrisme de sa mise en scène. Entouré d’une bande de « vittelloni » assez louches (parmi lesquels Giancarlo Giannini et Renato Salvatori), Alain Delon y est admirable, dans un de ses meilleurs rôles – et sans doute le plus pathétique. Également co-producteur, la star française se brouillera avec le cinéaste, changera le titre et coupera près de 45 minutes du film lors de son exploitation française. C’est évidemment dans sa longue, exténuante et dépressive version italienne qu’il faut découvrir, voir et revoir jusqu’au malaise ce monument d’autodestruction et de passion morbide.
OLIVIER PÈRE – ARTE.TV, JANVIER 2011