LE MARIAGE DE MARIA BRAUN

RAINER WERNER FASSBINDER

De 1943 à 1954, les amours contrariées de Maria et Hermann Braun. Parti
sur le front russe juste après son mariage, Hermann est porté disparu,
tandis que Maria devient entraîneuse dans un bar pour GI. Mais Hermann
revient de captivité à l’improviste et surprend Maria au lit avec un soldat
noir de l’armée américaine…
Allégorie dérisoire de l’Allemagne miraculée qui a vendu son âme, Maria
Braun mérite qu’on aille la regarder dans les yeux, d’autant plus que ce
sont les yeux métalliques et glaçants d’Hanna Schygulla, actrice fassbindérienne
faite pour jouer les poupées rêveuses et que son metteur en scène
magnétise au point d’en faire un automate d’une force aussi redoutable
que celle de la «fausse Maria» du Metropolis de Fritz Lang.
ANNE DE GASPERI – LE QUOTIDIEN DE PARIS, 17 JANVIER 1980

Lorsque Fassbinder a tourné des histoires de femmes qui détruisent les
hommes, ce n’est pas qu’il n’aimait pas les femmes, c’est qu’il a aimé les
faiblesses des hommes. Le désir d’un monde pur et meilleur ne l’a jamais
effleuré. Son sens exacerbé de la condition humaine fut celui d’un forçat
des formes, d’un manipulateur des expressions, non d’un réformateur. Il
ne fut pas un indic dénonçant ceux qui font le mal, il fut un baroque
énonçant ceux qui ont mal. […] Vers la fin, forcément, il s’est mis à tourner
des histoires de femmes qui se détruisent elles-mêmes.
JACQUES GRANT