LE GOÛT DE LA CERISE

RÉTROSPECTIVE ABBAS KIAROSTAMI

ABBAS KIAROSTAMI

Un homme d’une cinquantaine d’années cherche quelqu’un qui aurait besoin d’argent pour effectuer une mission assez spéciale. Au cours de sa quête, il rencontre dans la banlieue de Téhéran un soldat, un étudiant en théologie et un gardien de musée, vivant à la limite de la marginalité. Chacun va réagir à sa proposition de façon différente.

Des hommes qui parlent dans une voiture qui roule. Une pensée qui
chemine. En art, on utiliserait le mot « installation » : ici, c’est un procédé
narratif quasi hypnotique. Il faut s’accrocher mais, à l’arrivée, l’esprit est
stimulé. Pas besoin d’être un habitué des films de Kiarostami pour goûter
à la richesse de cette fable. Face à l’embrigadement du soldat et au dogme
du religieux, le héros du Goût de la cerise cherche à exercer son libre arbitre.
Rarement mise en scène aura été si évidente. Tout fait sens, ouvre le
champ des interprétations. Et il suffit de quelques plans pour composer
un magnifique regain, rappeler la beauté du ciel, le chuchotement de la
pluie, bref, vanter le « goût de la cerise » qui ramènera, peut-être, le héros
vers la vie. Un film qui fait le pari de l’intelligence.
AURÉLIEN FERENCZI – TÉLÉRAMA, NOVEMBRE 1997

Quelqu’un a dit un jour : « J’admets que la vie est merdique, mais il n’y a
rien de mieux. » C’est devenu en quelque sorte la philosophie du «Goût
de la cerise». C’est ce que dit le vieil homme : « Moi aussi j’avais décidé
d’en finir, mais les baies sont si sucrées. »
ABBAS KIAROSTAMI