LE BONHEUR

AGNÈS VARDA

François (le beau Jean-Claude Drouot, tout droit sorti de Thierry la Fronde) est menuisier. Mari et père heureux, il tombe amoureux d’une demoiselle des PTT sans en ressentir la moindre culpabilité.

La force et la surprise de cet étonnant et très violent (une violence rentrée) Bonheur, qui fit scandale à sa sortie, résident dans le contraste entre le drame qui se joue, et la légèreté Nouvelle Vague ainsi que la luminosité renoirienne de sa mise en scène (Mozart accompagne le film de bout en bout) et, surtout, dans l’absence de jugement moral apparent porté sur le comportement de ses personnages… Agnès Varda imaginait Le Bonheur comme une « pêche de plein été avec ses couleurs parfaites, mais dedans il y a un ver »… Le Bonheur est filmé en couleurs primaires, comme les sentiments de ses personnages : entiers, violents. Ce que dit le film, ce n’est pas seulement que le bonheur ne serait pas gai, mais plus radicalement qu’il est assassin…
JEAN-BAPTISTE MORAIN – LES INROCKS, 10 AOÛT 2006