L’ANGLE MORT

PIERRE TRIVIDIC et PATRICK MARIO BERNARD

Remaniant avec brio le thème de l’homme invisible, Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic révèlent le fantastique Jean-Christophe Folly.

Après Dancing et L’Autre, leur troisième film s’inscrit dans la veine de fantastique social qui leur est propre… L’Angle mort est à la fois une folle histoire d’homme invisible et l’histoire d’un homme ordinaire, en une seule et même personne. Dominick Brassan a la faculté de se rendre invisible depuis l’enfance, et continue, adulte, de ne pas faire grand-chose de ce don… Ce corps a aussi un travail, dans un magasin de guitares, une famille, de musiciens, une copine, blanche, une voisine, mystérieuse, un ami d’enfance, qui aurait mieux fait d’y rester, tout ce qui fait une vie, un scénario ou un film. Tout ce qui fait des problèmes, quand notre homme, n’aspire qu’à ce qu’on foute la paix à ses allées et venues. Un film gonflé qui joue beaucoup avec de bonnes questions, leur laisse le temps de jouer entre elles tout en continuant son histoire. Dominick est noir, une manière comme une autre d’avoir un corps, sinon que cette chose étrange qu’on appelle le regard de la société a le don d’y voir autre chose, ou bien de n’y voir que cela. Être à la fois visible et invisible, ce qui est donné à tout le monde…, c’est tout ce que Dominick désire, au lieu de se torturer à savoir s’il est l’un ou l’autre. Questions de cinéma que le film résout à sa manière, tantôt fable, tantôt récit, s’attachant à explorer la zone d’ombre qui lui donne son titre : aller voir ce que les caméras laissent en général de côté.
LUC CHESSEL – LIBÉRATION, 22 MAI 2019