LA BÊTE

BERTRAND BONELLO

Bertrand Bonello s’inspire de La Bête dans la jungle, court et fameux roman d’Henry James, et nous propose un de ses films les plus audacieux et fascinants. À la fois film d’époque et de science-fiction, La Bête convoque toute la grammaire du cinéma et place son héroïne, interprétée par Léa Seydoux, sur le fil de trois mondes et de trois époques.
Par quoi commenceriez-vous pour nous parler de La Bête ?
BERTRAND BONELLO : Par le présent du film. Par 2044. Le film est une quasi dystopie. Je dis quasi parce que jour après jour, j’ai l’impression que nous nous approchons des constats qu’il pose. Je voulais qu’il s’agisse d’un futur assez proche pour que le spectateur le trouve imaginable. Qu’il le touche presque du doigt et qu’il puisse s’y projeter. On peut résumer le film d’une manière très simple. À une époque où l’Intelligence Artificielle a réglé tous les problèmes de l’humanité en prenant le pouvoir, une femme intelligente doit faire un choix entre trouver un travail intéressant ou garder ses affects. Et donc possiblement vivre l’amour dont elle rêve. Pour se débarrasser de ses affects, elle doit replonger dans ses vies antérieures pour nettoyer les traumatismes anciens qui contaminent son inconscient. Et elle va se confronter à une histoire d’amour qui traverse les vies et les époques, ce qui va évidemment la perturber dans son choix. Le travail ou les affects… C’est un dilemme atroce, vers lequel nous nous dirigeons peut-être, dans une société de plus en plus contrôlée, et dont l’absence grandissante de rapport au secret rime avec absence de liberté, mais qui m’a permis de développer un récit et une réflexion sur une histoire des sentiments. in DOSSIER DE PRESSE