JULIE (EN 12 CHAPITRES)

JOACHIM TRIER

Le nouveau film du cinéaste norvégien séquence avec subtilité et virtuosité la vie d’une jeune femme d’aujourd’hui. Et questionne aussi bien l’intime que le monde contemporain. Une comédie existentielle migrave, mi-légère.

Il s’agit d’un portrait subtil, celui de Julie, saisie à travers douze passages de son existence, concentrés autour de sa trentaine. Il est question de ses activités professionnelles, des liens avec ses parents et surtout de deux grandes histoires d’amour successives. La première avec un auteur de bande dessinée reconnu, créatif à l’esprit libre (le formidable Anders Danielsen Lie, révélé dans Oslo, 31 août) ; la seconde avec un serveur de café doux et protecteur (Herbert Nordrum, géant aux faux airs d’Adam Driver). Sur l’introspection, l’analyse des sentiments, le désir ou non de maternité, la fidélité ou non, le film est éminemment délicat. En faisant de Julie une sorte de symbole papillonnant et vulnérable de la jeunesse contemporaine, Joachim Trier, 47 ans, explore aussi l’écart entre les générations, entre ceux comme lui, conscient d’avoir un attachement aux choses déjà « old school », et les « digital natives », capables de rebondir et de se réinventer… Sagacité du trait, profondeur littéraire des dialogues, fluidité de la mise en scène. Le film déambule à travers le temps et la ville aérée d’Oslo avec beaucoup de grâce. À l’image de cette séquence formidable de nuit grisante et très alcoolisée, où Julie s’incruste avec naturel dans une fête de mariage. Les acteurs qui forment ce triangle amoureux sont irrésistibles. En premier lieu, bien sûr, Renate Reinsve qui est repartie de Cannes avec un prix de la meilleure interprétation féminine.
JACQUES MORICE – TÉLÉRAMA, 08 JUILLET 2021