GRASS

Hong Sang-soo

Au bout d’une allée, un café que personne ne s’attendrait à trouver. Les gens s’assoient et parlent de leur vie… Une femme les observe et semble mettre par écrit leurs pensées. Un film aussi conceptuel qu’aérien…

Le pessimisme et la drôlerie marquent le dernier film du cinéaste asiatique très prolifique, Hong Sang-soo, Grass. L’actrice Kim Min-hee, visage de la plupart de ses derniers films, y apparaît plus que jamais comme le pivot du récit : elle y interprète une jeune femme qui écrit des fictions dans un café peuplé de couples dont on ne sait s’ils sont ses sources d’inspiration ou la matérialisation des personnages qu’elle invente. Leurs dialogues tristes sont traversés par un même sujet : le suicide. Lorsque le frère de la jeune femme lui présente celle qu’il souhaite épouser, elle s’emballe dans un discours aussi désabusé que drôle sur l’illusion de l’amour. On devine
alors que les scènes qu’elle invente sont une probable sublimation de son désespoir sentimental. La beauté du film tient dans sa confusion quasi permanente entre réalité et fiction, d’une manière qui rappelle plus les derniers films de Resnais que ceux de Rohmer (auquel le cinéaste coréen est trop systématiquement comparé), jusque dans cette image des herbes qui sortent de terre comme éclosent les personnages, évoquant la métaphore des Herbes folles du cinéaste français (2009). Grass atteint une sorte de point limite dans le cinéma de Hong Sang-soo, une tonalité crépusculaire, mais aussi un formalisme assez nouveau (par exemple, lorsqu’un personnage n’est filmé que de dos ou à travers son ombre) qui pourrait représenter un tournant dans son oeuvre faussement répétitive.

MARCOS UZAL – LIBÉRATION, 25 FÉVRIER 2018