ÉNORME

SOPHIE LETOURNEUR

Un couple fusionnel ne vit que pour la musique, jusqu’au jour où l’homme désire avoir un enfant, mettant en péril leur équilibre. Réalisée dans la lignée des précédents films de Sophie Letourneur et tournée en décors réels, en partie avec des non professionnels, cette comédie déjoue les clichés et propulse un duo de comédiens au sommet.

Énorme de Sophie Letourneur procède pleinement d’une poétique du difforme pour aborder, avec une furia revigorante, la question de la maternité, sans en dénouer l’ambiguïté – ou faudrait-il dire lui fait cracher tout ce qu’elle recèle de cauchemars et de gags impies. Sorte d’anticomédie romantique potache, le film attife Marina Foïs d’un ventre suffisamment gros pour accueillir une couvée de bébés dinosaures, tirant sur ses mensurations comme sur l’élastique des rôles de genre, inversant sans cesse entre elle et Jonathan Cohen les difformités de tout ordre et les places dans le couple. Si c’est d’abord à l’endroit d’une friction entre l’humour gras et l’éventuel haut-le-coeur que le film aborde l’expérience déconcertante de la naissance et du corps féminin, le registre burlesque finit par se faire le marchepied d’un étonnant recueillement contemplatif. C’est ce qui fait le prix de cette expérience hirsute d’où nul ne s’attendait à ressortir l’oeil humide.
SANDRA ONANA – LIBÉRATION, 22 OCTOBRE 2019