ELEPHANT MAN

DAVID LYNCH

Quarante ans après sa sortie, le chef-d’oeuvre de David Lynch, revient en salle dans une somptueuse version restaurée. Occasion de découvrir ou de redécouvrir sur grand écran cet hymne poignant à l’altérité qui reste un des sommets de la filmographie lynchienne et du cinéma tout court.

[…] Lynch fait semblant de jouer le film d’horreur classique : la nuit, les couloirs déserts de l’hôpital, l’heure du loup, la fuite rapide des nuages sous un ciel plombé et soudain ce plan de John Merrick dressé sur son lit, en proie à un cauchemar. Le spectateur le voit – vraiment – pour la première fois, mais ce qu’il voit aussi c’est que ce monstre censé lui faire peur a peur lui-même. C’est à ce moment-là que Lynch libère son spectateur du piège qu’il lui a d’abord tendu (le piège du « plus-de-voir »), comme s’il lui disait : ce n’est pas toi qui comptes, c’est lui, l’homme-éléphant ; ce n’est pas ta peur qui m’intéresse, c’est la sienne ; ce n’est pas ta peur d’avoir peur que je veux manipuler, c’est sa peur de faire peur, la peur qu’il a de se voir dans le regard de l’autre. Le vertige change de camp.
SERGE DANEY – CAHIERS DU CINÉMA, AVRIL 1981